Voir&Agir

Accueil > Les films > UN SIÈCLE DE PROGRÈS SANS MERCI

UN SIÈCLE DE PROGRÈS SANS MERCI

Écriture et réalisation : Jean DRUON
Une coproduction Culture Production, La Cinquième
Avec le soutien du CNC, du Ministère de la Recherche et la participation de Planète.
6 X 52 mn, 2001

|
?

En proposant une lecture simultanée de l’histoire sociale et politique et de l’histoire des sciences au cours du XXe siècle, cet essai politique et historique examine les mécanismes souterrains qui fondent l’histoire. Il s’attache à montrer le rôle joué par le progrès des connaissances dans l’évolution des luttes pour la domination. Chacune des six parties du film est autonome, bien que complémentaire, et propose un axe différent d’analyse pour cette traversée chronologique du siècle.

DESCRIPTIF DU FILM

Un siècle de progrès sans merci a l’ambition de contribuer à un débat politique qui intéresse ceux et celles qui vivent, pensent et s’activent pour bâtir un monde plus satisfaisant.
Chaque partie est structurée autour d’images d’archives, de prises de vue contemporaines et d’interventions d’acteurs ou de témoins privilégiés de l’histoire qui se déroule dans le monde dominant : aux États-Unis et en Europe, avec quelques incursions en Asie.

Un siècle de progrès sans merci est également un livre, édité par L’échappée, dans la collection Négatif.
D’autres informations sur le site de Pièces et Main d’Œuvre.

Un essai politique et historique

Un siècle de progrès sans merci aurait pu, tout aussi bien, s’appeler L’histoire des hommes de “h”.
“h”, c’est la quatrième constante universelle que le physicien Max Planck avait dû introduire pour proposer une explication satisfaisante du rayonnement. Il travaillait alors à l’Institut de Physique du Reich. À la demande des industriels désireux d’étendre leur domination sur le monde, l’Empire avait accepté de financer le fonctionnement de cet Institut. Un des plus fervents supporters de l’Institut était Siemens. Ce grand capitaine d’industrie paternaliste qui s’employait à domestiquer l’énergie électrique avait déclaré : « La culture moderne repose sur le contrôle des forces de la nature et chaque nouvelle découverte étend cette domination de l’homme sur la nature, et par conséquent l’excellence de notre race. Le patronage de la recherche réalise au plus haut degré la promotion des intérêts matériels du pays ».
Le politique, l’industriel, le savant s’étaient donc alliés pour assurer le progrès de la civilisation, c’est-à-dire, à l’époque, celui de la race germanique. Et cette alliance particulièrement performante remportait de beaux succès, concurrençant dangereusement ses principaux rivaux, les Empires britanniques et français dans leur entreprise de colonisation de la planète.
“h” deviendrait un outil d’une puissance insoupçonnée pour dominer le monde et accélérer la destinée du vivant.

Présentation des parties

- 1e partie : 1900-2000, l’accélération d’une destinée (52 mn)
Cette première partie introduit d’emblée l’idée que les idéologies sont essentiellement destinées à “habiller” le progrès, à créer une politique qui lui permette de s’exprimer sans entraves.
Le film débute par un rappel du lien étroit entre le développement en Angleterre de la machine à vapeur et du libéralisme économique. Il se poursuit en évoquant les principaux repères du siècle. D’abord une phase de conquêtes impérialistes par les puissances dominatrices occidentales du début du siècle, dans un climat d’optimisme et de scientisme. Cette euphorie et cette confiance dans le progrès ne sont pas durablement affectées par le premier conflit mondial, et pour cause : l’Europe comme les États-Unis ou la nouvelle République soviétique ne peuvent se permettre de douter de la science, instrument de leur hégémonie. La seconde guerre mondiale marque l’avènement des scientifiques sur l’avant-scène politique ; à l’issue de ce conflit, la puissance publique se retrouve au premier plan ; s’en suivent trente années de développement sous le contrôle de l’État. Enfin, à partir du milieu des années 70, une période néolibérale ou postmoderne voit la consécration de la science et de la technologie au rang des nouvelles idoles sociales. Jamais le monde n’aura été aussi largement livré à la puissance dominatrice de quelques-uns.

 [1]Dans ces instituts du Kaiser Wilhelm, les physiciens allemands sans s’en apercevoir préparaient la guerre. Parmi eux un grand nombre de savants d’origine juive. Car dans les pays antisémites, c’est-à-dire à peu près partout en Occident, les Juifs excellaient dans les nouvelles disciplines ardues, là où l’establishment scientifique se risquait peu. Mais il faut bien dire que les physiciens juifs ne furent généralement pas plus avisés que la masse de leurs concitoyens et, comme la plupart d’entre eux, ils collaborèrent tant qu’on leur en laissa la possibilité avec le pouvoir nazi. Ainsi Lise Meitner admit par la suite ce manque de discernement, elle qui ne quitta qu’in extremis à l’été 1939 ce laboratoire où elle était sur le point avec Otto Hahn de découvrir la fission de l’atome. Cette étrange attitude n’était pas sans analogie avec celle plus générale de l’esprit humain qui à mesure qu’il développait son génie, semblait précipiter l’homme à sa perte.

- 2e partie : Les révolutionnaires au pouvoir (52 mn)
Cette seconde traversée du siècle examine avec quelques détails la façon dont les connaissances accumulées par une branche extrêmement féconde de la science du XXe siècle (la physique atomique, nucléaire et des hautes énergies) se sont progressivement mêlées aux luttes de pouvoir. Une histoire parallèle entre, d’une part, le développement, l’épanouissement et le devenir de cette branche et, d’autre part, l’Empire soviétique permet d’esquisser une réflexion sur ce qui donne la vie à de nouveaux pouvoirs, ce qui les entretient, ce qui finit par les affaiblir et les faire disparaître. Ce parallèle permet également de mieux saisir les poids respectifs des idées politiques et des connaissances scientifiques.

Mais dans le Congo de Leopold II on coupait les mains des sujets désobéissants. Et l’argent de la soude de Solvay, comme celui de la dynamite de Nobel, comme celui du pétrole de Rockefeller ou comme celui qu’on arrachait des colonies, judicieusement placé en bourse à travers des fondations, irriguait la science.
Car la science avait besoin de moyens,
et les moyens pour être efficaces devaient être puissants.
La puissance signifiait la domination.
La domination imposait l’oppression.
Et donc la science n’existait que chez les oppresseurs.
Et plus la science s’intensifiait et plus elle avait besoin de puissance,
et plus elle collaborait à des systèmes oppressifs.
Et c’est pour cela que dans cette histoire on ne verra guère d’opprimés.

- 3e partie : Le diktat de la rationalité (52 mn)
Le XXe siècle débute avec l’introduction d’une nouvelle constante universelle “h” dans les lois de la physique. Passée relativement inaperçue, cette donnée fondamentale générera pourtant de nouveaux savoirs incontournables. Les théories bâties autour d’elle s’infiltreront d’un lieu à l’autre, d’un domaine à l’autre, agrippant sur leur passage de plus en plus de chercheurs et chercheuses, nouveaux guerriers de l’évolution. Tout cela créera un monde nouveau dont le leadership reviendra incontestablement aux États-Unis d’Amérique : la lutte pour la survie sera de plus en plus affaire de rationalité scientifique. L’informatisation de la société, issue de la miniaturisation du transistor (premier objet pratique dérivé de notre connaissance de h) se traduira par la mise en réseau de l’intelligence des hommes, des femmes et de celle des machines. Pour finir, le recours toujours plus poussé à la rationalisation de nos activités éloignera l’homme de son ancien rapport à la nature, jusqu’au point de faire émerger une nouvelle génération d’êtres plus tout à fait humains.

Le silicium et l’ADN avaient délivré l’homme de ses entraves, de son passé, de ses traditions, des normes qui comme avait dit Husserl lui avaient donné sa tenue. Et l’individu a-normal s’était soudain retrouvé seul à devoir son rapport au monde. Ses repères n’étaient plus le mètre, la livre, le franc, la République, l’horizon de la mer mais l’électroc-volt, l’année-lumière, le CAC-40, la nouvelle économie et puis l’univers virtuel des jeux électroniques et génétiques.
Et par un étrange phénomène, les formalismes de la pensée rationnelle qui n’avaient cessé de transcrire l’harmonie de la nature en une suite de formules mathématiques avaient déconnecté l’homme de ce qui avait constitué autrefois son lien à la nature.
Il suffisait aux nouvelles générations de connaître le langage des gènes et des machines pour prospérer, mais les pères ne savaient plus transmettre à leurs enfants.

- 4e partie : Ce que nous fabriquons (52 mn)
À quoi nous poussent les progrès des connaissances et les luttes pour la domination ? La production est le champ où se rejoignent les différentes énergies de l’homme et de la société, le lieu où finalement les luttes de pouvoir se confrontent. Un regard approfondi sur l’Allemagne du début du siècle (chez Siemens notamment), puis sur l’Amérique à partir des années 40 (au sein d’AT&T), permet de comprendre qu’il a fallu produire non pas pour satisfaire des besoins clairement identifiés et exprimés des hommes et femmes, mais pour leur donner les moyens de poursuivre les luttes imposées par la nécessité de l’évolution. La croissance de la production supportée par celle de la consommation, et donc par la publicité, voilà ce que nous propose le progrès tel qu’il s’organise actuellement. À la fin du XXe siècle, certains tentent d’inverser cette marche dont on pressent qu’elle ne pourra se poursuivre encore longtemps.

Longtemps liés à la philosophie sous la dénomination de philosophie naturelle, la physique lorsque ses travaux devinrent manifestement utiles se rapprocha spontanément de ceux qui souhaitaient les appliquer. Elle laissa tomber les prétentions d’universalité et rejoignit les industries nationales. Alors les philosophes restèrent seuls, impuissants et amers à réfléchir au sens. Et ils durent admettre que même s’ils parvenaient parfois à entrevoir la réalité du monde ils n’avaient guère plus de moyens que les poètes pour s’opposer au cours de l’histoire. Celui-ci apparemment se déroulait de lui-même mû par un ressort qui nous échappait.
Et l’attrait de la modernité et de son confort masquait chez l’homme qui s’éloignait de la campagne, l’angoisse de participer à un monde absurde dont il n’était plus qu’un maillon dénaturé.
L’homme prisonnier d’un espace social qui se confrontait à d’autres espaces sociaux n’avait pas d’autre choix que de collaborer au développement de la puissance de ceux qui commandaient.
Déplacé de la terre à l’usine, le travailleur avait été libéré de son asservissement à la nature. Mais c’était pour subir un autre enchaînement.

- 5e partie : Des grains de sable (52 mn)
L’humanité est-elle libre de choisir sa destinée ? Qu’est-ce que la science peut nous dire de ce nous sommes et de notre devenir. Les physiciens et physiciennes du XIXe siècle pensaient pourvoir tout expliquer du monde à partir de la mécanique de Newton, celles et ceux du XXe siècle tentent d’exploiter les nouvelles sciences de la complexité pour modéliser le champ des sciences sociales.
Cette partie propose une traversée du siècle aux côtés des penseurs de la complexité qui ont mis au point des outils pratiques et théoriques "à tout faire". Munis de ces outils, les scientifiques devenus ingénieurs du savoir s’activent à modeler et façonner les relations entre les hommes et femmes et la fabrication d’un univers social entièrement artificiel. La question est finalement posée de savoir si la conscience peut agir dans la construction d’un monde qui ne soit pas la résultante directe des luttes de pouvoir et des avancées scientifiques ?

Prigorine avait espéré qu’en approchant les origines de la complexité d’une façon moins réductrice, la physique retrouverait l’humanisme du projet des Lumières. Mais, comme les penseurs progressistes du XVIIIe siècle qui, au nom de l’universalité, s’étaient attelés à favoriser l’avènement de la bourgeoisie, Prigorine n’avait-il pas été victime d’une nouvelle illusion ?

- 6e partie : Un pacte indéfectible ? (52 mn)
Les anciens avaient déjà presque tout vu et tout dit de ce qui s’accomplit à travers la destinée humaine. Nous reviendrons ici sur le pacte indéfectible existant entre les puissances qui prétendent détenir le pouvoir de guider l’aventure humaine et ceux qui s’activent à produire de nouvelles connaissances scientifiques. La Conquête de l’Ouest, la modernisation du Japon, l’essor industriel américain, la physique sous le troisième Reich, le développement des programmes nucléaires, la décolonisation, les projets de recherche génétique, sont autant de cas abordés ici qui nous aideront à comprendre pourquoi ce pacte n’a pu être délié, pourquoi le génie de l’homme s’emploie à favoriser le pouvoir de dominer.

Que l’Amérique de l’après-guerre, comme les autres grandes puissances, fit un large usage des talents nazis indiquait simplement que l’Allemagne nazie, et les collaborations de toutes sortes, ne furent pas comme le prétendit une fois un piètre résistant devenu homme d’État une parenthèse de l’histoire.
Elle fut au contraire une apposition inouïe de l’histoire, y trouvant son origine et s’y prolongeant sans bouleversement. Les sources de la puissance étaient les mêmes que celles de la barbarie et elles restèrent intactes. Au-delà de sa spécificité, le troisième Reich avait surtout été un signe paroxystique de la violence de nos civilisations évoluées. Plus un individu y occupait une place importante et plus il y participait. Nul primitif n’aurait jamais pu la concevoir. Il ne pouvait y avoir de mauvaise conscience lorsqu’il s’agissait de défendre ses intérêts vitaux.

- Un court épilogue aborde la question du rôle que pourraient jouer nos consciences politiques dans la suite de cette histoire...

FICHE TECHNIQUE

Écriture et réalisation : Jean DRUON
Montage : Audrey MARION
Son et direction de post-production : Eusebio SERRANO
Images : Eytan KAPON
Recherche archives : Fiona Mc LAUGHLIN
Texte dit par Caroline CHANIOLLEAU
Musique originale : Nicolas BECKER
Mixage : Jean-Marc SCHICK
Conformation : Philippe COUTEUX
Chargée de production : Marie-Claude LELGOUALC’H
Une coproduction Culture Production, La Cinquième
Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie, du Ministère de la Recherche et la participation de Planète.

Commentaires

(1 commentaire)
  • Le 24 septembre 2008 à 13h01, par woomacjam

    Ce documentaire est un concentré d’intelligence humaine.

    Voir en ligne : http://www.macadam195.com

DVD disponibles à l’achat
pour deux types de public et d’usage :

Soit pour un usage strictement privé
dans le cadre restreint du "cercle de famille"

Soit pour une "diffusion publique"
réservée aux associations et institutions.

L’association VOIR&AGIR encourage la pratique citoyenne des projections- débats, mais elle appelle également au respect des auteurs-réalisateurs et producteurs indépendants de documentaires sans lesquels il n’y aurait pas de pluralité d’expression. FERMER